Sponsors

  • Domain name search and availability check by PCNames.com.
  • Website and logo design contests at DesignContest.com.
  • Reviews of the best cheap web hosting providers at WebHostingRating.com.

La volonté de « mine d’histoires » est, autant que possible, de faire raconter par les acteurs même des morceaux d’histoire.  Ce texte rédigé par Michel Vanbellinghen en est un puisqu’il évoque sa « relation » avec la colonne de profondeur qui se trouve maintenant sur le site du Bois du Cazier, dans le bâtiment dédié au 8 août 1956. Ou quand l’histoire personnelle de cet amoureux de la mine se conjugue avec celle du patrimoine industriel. 

 

Un peu d’histoire… 

  

Photo_1_-_siege_17_monceau-fontaine_1977

(photo : Michel Vanbellinghen en 1977)

Lors de mes études d’ingénieur électricien en 1977, il nous fut imposé de faire des stages en entreprise dans notre discipline.  Je choisis donc de les faire aux Charbonnages de Monceau-Fontaine où je fus versé au service électrique fond.  Ce fut pour moi le coup de foudre pour ce métier de mineur au point que très vite j’envisageai de récupérer du matériel minier lourd afin de le restaurer pour pouvoir le présenter lors d’expositions, dans le but de rendre hommage à ces « gueules noires », et faire ainsi en sorte que leur métier ne soit pas oublié.

 

Début des années ’80, les expositions débutèrent en collaboration avec Désiré Deleuze, photographe industriel ayant réalisé de nombreuses photos de mine dans les années ’60.  Parallèlement, j’organisais de fréquentes visites guidées des installations de surface du siège n°19 de Monceau-Fontaine, fermé depuis 1979, l’un des sièges où je descendais ; et lors de ces guidances, notamment au niveau des machines d’extraction, je finis par me convaincre de demander à la direction des Charbonnages l’autorisation de démonter une colonne de profondeur, pièce imposante, afin de la restaurer et la remettre en service lors de mes expositions. La direction des Charbonnages de Monceau-Fontaine, sachant que l’usage serait noble, me l’accorda.

 

Malheureusement en regardant maintenant de plus près sur site, deux problèmes majeurs se posaient pour pouvoir démonter cette pièce :  le pont roulant (engin de levage) de la salle des machines, entièrement électrifié, ne pouvait plus fonctionner car plus d’électricité. Le pont cependant était par pur hasard positionné au-dessus de la colonne, on aurait pu alors se débrouiller en allant y accrocher des palans ; mais l’autre problème résidait dans le fait qu’il fallait démonter la colonne d’une seule pièce, la partie supérieure n’étant pas indépendante car soudée à la partie inférieure, d’où trop lourd et trop encombrant pour la manutention. C’est donc à regret que je dus renoncer à cette opération au siège n°19.

 

Ne baissant pas les bras, lors de mes nombreuses visites dans des sièges d’exploitation d’autres sociétés charbonnières, je trouvai une colonne démontable avec en plus un pont roulant à commande manuelle au puits d’extraction du siège des Aulniats sous la direction du Charbonnage du Roton. Etant également en pays de connaissance je pris rendez-vous avec la direction en la personne de Monsieur Roger Berwart, ingénieur en chef du Roton, qui m’autorisa à démonter cette pièce unique, nous sommes alors en 1985.

 

Photo_2-siege_des_aulniats

(photo M. Vanbellinghen: siège des Aulniats)

Une fois la partie supérieure et principale de la colonne démontée, le travail consista en une restauration et modification mécanique des pièces constituantes exécutée par feu les Ateliers du Thiriau à La Louvière, la fabrication d’un carter en cornières soudées pouvant recevoir le moto-réducteur nécessaire pour le fonctionnement et le câblage d’un coffret électrique pour la commande.Une fois terminée, la colonne en état de marche fit sa première sortie le 28 février 1986 à l’occasion du centenaire de la Société Royale des Etudiants (U.C.L.) de Charleroi dans la salle « Gallilée » à Louvain-la-Neuve.

 

Qu’est-ce qu’une colonne de profondeur ?

 

A chaque puits de charbonnage est associé un bâtiment de surface le jouxtant et contenant une machine d’extraction.

Photo_4_-_siege_n10_-_machine_dextraction_electrique_de_2700_cv_a_courant_continu

(photo Désiré Deleuze)

Le rôle de cette machine est de permettre aux cages, toujours au nombre de deux par puits, d’effectuer des translations dans celui-ci suivant le système de balancier pour équilibrer les charges. Autrement dit, lorsqu’une cage descend, l’autre remonte. Donc, pour réaliser ce mouvement, la machine d’extraction est composée d’un gros moteur électrique qui entraîne deux bobines, puisque deux cages, autour desquelles sont enroulés les câbles plats en acier. Ces câbles sortent du bâtiment, montent aux molettes du châssis à molettes et plongent dans le puits. A l’extrémité de chacun d’eux est  accrochée une cage.  Ainsi, lorsqu’une cage est en surface dans le châssis à molettes, la deuxième cage se trouve  au fond du puits. Dès que le machiniste d’extraction lance sa machine, la cage de surface  descend et celle du fond  remonte. En effet, dès que le moteur de la machine d’extraction commence à tourner, il entraîne les deux bobines qui tournent dans le même sens mais les câbles y sont enroulés de manière opposée, de sorte que lors de la rotation, une bobine se vide de son câble correspondant à la cage descendante, et l’autre se remplit de son câble correspondant à la cage montante.

 

Photo_3_-_detail_colonne

Le long d’un puits, il est possible avec les cages de pouvoir atteindre différents étages de profondeur appelés « envoyages ».  Pour le Bois du Cazier, nous pouvons distinguer 10 envoyages le long du puits de retour d’air, c’est-à-dire 10 lieux précis où une cage peut se positionner pour permettre au personnel ou aux wagonnets de l’emprunter.

Photo_5_-_cazier_envoyages

Seul le machiniste d’extraction intervient dans ces manœuvres de précision. Pour ce faire il faut qu’il ait devant les yeux une reproduction à l’échelle de la situation de ses cages dans le puits.  Cette reproduction à l’échelle est la « colonne de profondeur » qui va lui permettre d’amener exactement ses cages aux envoyages qu’on lui demandera d’atteindre.

 

Principe de fonctionnement.

 

La colonne est composée d’une poutrelle verticale où nous distinguons des traits blancs horizontaux numérotés. Ces traits correspondent, à l’échelle, aux différents envoyages le long du puits. De part et d’autre de cette poutrelle sont disposées deux vis sans fin sur lesquelles sont vissés un écrou en bronze flanqué d’une flèche blanche appelé également index surmontant la face avant de la poutrelle.

Chacune de ces flèches représente la position de la cage dans le puits.

Imaginons une cage en surface, donc l’autre au fond.  Dès que le machiniste lance sa machine, celle-ci actionne simultanément la colonne. Les deux vis sans fin se mettent à tourner faisant descendre une flèche et remonter l’autre. Il suffit alors au machiniste d’amener une flèche d’écrou devant un trait de la colonne. De cette manière la cage correspondant à cette flèche se trouvera en réalité à l’envoyage demandé.

 

Destination finale.

 

Au Bois du Cazier, une machine d’extraction est installée dans la salle des machines. Celle-ci était déjà équipée d’une colonne récupérée, en partie rouillée et inopérante.  Or, il est important de pouvoir expliquer clairement aux visiteurs les différents mouvements de cages dans le puits pour faire comprendre les causes de la catastrophes. Je décidai donc de remplacer la vieille pièce par la colonne des Aulniats pour que les visiteurs aient devant eux un matériel dynamique qui pourra ainsi participer à la vie du Bois du Cazier. C’est ce qui pouvait y avoir de mieux au lieu de croupir en pièces détachées dans une cave.

 

Le 28 septembre 2009 nous montèrent la colonne de profondeur à sa destination finale.  

Photo_6

(photo : Alain Forti, Conservateur au Bois du Cazier, et Michel Vanbellinghen, responsable technique, lors de l’installation « officielle » de la machine au Bois du Cazier)

Comments are closed.